« Le Maroc s’investit de plein-pied dans la démarche vertueuse du développement durable », dixit Abdeladim Lhafi

Stratégie de développement durable 2030 : le Maroc droit vers l’économie verte.

Le Haut-commissaire aux Eaux et Eorêts à la lutte contre la Désertification (HCEFLCD), Abdeladim Lhafi
Dr. Abdeladim Lhafin, Haut-commissaire aux Eaux et Forêts à la lutte contre la Désertification.

En préparation depuis 2013, le projet de la Stratégie nationale de développement durable 2030 a été exposé par le ministre de l’Énergie, des Mines et du Développement durable lors du dernier Conseil des ministres présidé il y a quelques semaines (25 juin) par le Roi Mohammed VI.

Et comme, Dieu merci, le temps d’un règne n’est pas soumis au temps politique au Maroc, la conjoncture politique bien qu’elle a ponctué le Conseil n’a pas voilé la vision lointaine d’un Maroc aspirant au renforcement de la gouvernance du développement et à la transition progressive vers l’économie verte.
Avec cette stratégie, qui vise la valorisation des ressources naturelles et la préservation de la biodiversité biologique et qui coûtera au Royaume 2% du PIB, il cherche à en gagner 6% (4 points du PIB) du moins selon la première mouture. Et ce, sans compter au passage la lutte contre le changement climatique et l’amélioration des espaces territoriaux précaires ainsi que l’atténuation des disparités sociales et spatiales…

 

Plus de 20 de diagnostic et de mise à niveau
La présente stratégie, qui s’inspire des dispositions constitutionnelles instituant le développement durable, est partie d’un état des lieux dressé à l’aune d’un travail de longue haleine qui a commencé depuis le début des années 1990 et bien avant avec la visionnaire stratégie des barrages. Mais, c’est bien au milieu des années 1990 que la prise de conscience des impératifs du développement durable a émergé.

L’un des hommes qui ont mis de l’énergie pour permettre au Maroc de tracer cette vision long-termiste depuis qu’elle était embryonnaire est le Haut-commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification, Abdeladim Lhafi.
Ce haut responsable qui se félicite d’un Maroc « investi dans la démarche vertueuse du développement durable », rappelle le contexte de la naissance de cette stratégie et les réalisations importantes du pays sur différents plans en matière du développement durable.

 

Le colloque d’Ifran 1995, le tournant 
Considérant que le Maroc a toujours « fait partie des pays extrêmement concernés par le phénomène universel de la désertification », M. Lhafi rappelle que le Maroc s’est approprié la totalité de cette problématique à partir de 1992 au sommet de la terre de Rio (Rio de Janeiro Brésil), mais surtout depuis le colloque d’Ifran de 1995 ».
« C’est à partir de ce moment là qu’il y a eu déclenchement d’un certain nombre d’études, notamment, les schémas directeurs du reboisement, les schémas directeurs de la protection des bassins-versants -qui est un élément central pour la lutte contre l’érosion et l’envasement des barrages-, le programme nationale de la protection de la biodiversité parce que là aussi nous sommes en plein dégradations des sols des terres et des habitas (…) », détaille le Haut-commissaire.
« Il y a tout un ensemble de schémas directeurs qui ont pratiquement connu leur acte de naissance en 1995. Ce sont des approches qui étaient nécessaires parce qu’il fallait d’abord connaître l’Etat des lieux au Maroc et il était apparu qu’il fallait avoir un certain nombre de plans sectoriels », affirme-t-il.

 

La préservation des sols avant tout
Une stratégie de développement durable nécessite de facto des politiques transverses qui traversent les différents secteurs. Avant d’en arriver, actuellement, à accorder une place importante à l’amélioration des espaces territoriaux précaires ainsi que l’atténuation des disparités sociales et spatiales, il fallait commencer quelque part selon une priorisation des interventions.

Convaincu que « la dégradation des sols est au centre de l’enclenchement d’un certain nombre de phénomènes qui ont des formes de rétroactions négatives et qui font que les choses s’aggravent si rien n’est fait », M. Lhafi rappelle en partie des mesures urgentes qui ont commencé à se mettre en place dès 1995.

« Il y a d’abord le plan de reboisement par exemple pour essayer d’inverser la tendance de déboisement par la plantation, par la reforestation, notamment, par les espèces autochtones et les espèces adaptées, mais au même temps par tout un ensemble de mesures au niveau de la dégradation des sols principalement au niveau des bassins versant qui représentent 20 millions d’hectares et dans lesquels », énumère M. Lhafi. 

 

850.000 hectares sauvés depuis 1995

cette époque les études avaient montré qu’il y avait 1,5 million d’hectares qui devaient être traités d’urgences. « Aujourd’hui, il y a pratiquement 850.000 hectares qui sont déjà traités avec une cadence élevée qui permet de les traiter d’abord avec une stabilisation mécanique, mais aussi avec la végétalisation », avance M. Lhafi

Selon lui, « tout ceci a trois objectifs essentiels : d’abord fixer les sols parce que nous savons que dans ces bassins versant dénudés il y a un phénomène d’érosion extrêmement accélérée (perte des sols productifs mais aussi envasement des barrages (diminution de la capacité de stockage) ».

A ce propos, le Haut-commissaire explique qu’actuellement « tous les barrages qui sont lancés sont systématiquement couplés avec le traitement des bassins-versants ».

« Nous avons accumulé un déficit important parce que depuis que le Maroc a commencé cette politique des barrages depuis les années 1960, nous avons perdu pratiquement la capacité de 1,7 milliard de mètres cubes (m3). Soit l’équivalent d’un très grand barrage uniquement du fait de l’envasement », regrette notre source. 

 

De l’approche technique à l’approche territoriale
« Depuis la création du Haut commissariat, il y a eu une nouvelle approche. Parce que nous sommes partis de la conviction qu’il ne s’agit pas uniquement d’apporter les solutions techniques pour résoudre un problème, mais que la complexité de ces phénomènes exige qu’il ait une approche territoriale », analyse ce vieux de la vielle.
Autrement dit, « prendre le territoire dans son ensemble avec ses fragilités et avec ses potentialités et d’essayer de construire une dynamique qui permet de se situer dans la démarche vertueuse du développement durable ».
Et d’expliquer que l’enjeu était celui d’inscrire les activités humaines et économiques dans la durabilité. 

« C’est-à-dire comment exploiter les ressources naturelles à des niveaux qui permettent leur renouvèlement, comment créer de la richesse, comment créer de la croissance sans attenter à l’intégrité des écosystèmes et à l’équilibre écologique et en troisième lieu -ce qui est extrêmement important dans le développement durable-, prendre en compte l’aspect social, c’est-à-dire l’inclusion ou le développement inclusif de la population pour que, justement, l’homme soit au centre du développement humain à travers cette démarche », étale M. Lhafi.
« Cette démarche a permis à travers de longs processus de définir notre stratégie », affirme non sans fierté le Haut-commissaire.

 

Houcine ABENKCER
A propos Houcine ABENKCER 466 Articles

Cofondateur et rédacteur en chef du journal électronique LeVert.ma

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